dimanche 3 juin 2007

A la poursuite de la perfection

Une vraie belle poupée, c'est une poupée dotée d'un corps qui vit, qui respire mais qui est dépourvue d'une âme. Un corps aimable, un corps résistant mais délicat comme de la porcelaine.

L'humain ne peut pas rivaliser avec la poupée, tant dans sa forme, dans l'élégance de ses mouvements, que dans sa nature même. Les faiblesses de la conscience humaine deviennent des faiblesses de la réalité de la vie. La perfection n'est accessible qu'à celui qui n'a pas de conscience ou dont l'inconscience est infinie. La perfection n'est donc possible que pour les poupées ou bien les dieux.

En réalité un autre mode d'existence est comparable à celui des poupées et des dieux. Chez le poète Shelley les alouettes baignent dans une joie profonde et instinctive. Joie que nous, les humains prisonniers que nous sommes de la conscience de soi, ne pouvons pas connaître. Pour ceux d'entre nous qui ont soif de connaissance, c'est une condition plus insaisissable que la divinité.

Si l'on ne connaît pas la vit comment peut-on connaître la mort ? Comme l'a dit Confucius. Rares sont les humains qui connaissent la mort. La plupart affronte la mort sans s'y être préparé, armé de leur seule ignorance. Autrement dit on meure simplement parce que mourir est inévitable.

La question est de savoir si une créature vivante en apparence est vivante en réalité. Ou si on préfère, la question est de savoir si un objet sans vie peut prendre vie. En considérant le coté un peu inquiétant qu'ont ces poupées là, il faut comprendre qu'elles sont modelées sur l'apparence humaines. Elle sont en fait terriblement humaines. Elles nous mettent face a la terreur de voir qu'elles sont des humains réduits a de simples mécanismes. En d'autres termes elles nous montrent clairement que fondamentalement, tous les humains que nous sommes appartiennent au néant.

Tout en voulant percer les secrets de la vie, la science est également responsable d'avoir fait surgir cette terreur là. L'idée que la nature est
reproductible, conduit à l'inévitable conclusion que les humains peuvent être eux aussi réduits à l'état de pièces de mécanique.

A notre époque, la technologie robotique et la neurologie électronique ont redonné naissance a la théorie du 18e siècle selon laquelle l'homme est une machine. Et maintenant que les ordinateurs créent de la mémoire externe, les humains s'adonnent à
l'auto-mécanisation, dans le seul but de faire reculer les limites de leurs propres fonctions. Laissant derrière eux Darwin et sa sélection naturelle, les humains sont résolus a dépasser la théorie de l'évolution de l'espèce en maîtrisant ses lois. Cette pensée révèle chez l'homme un désir inné d'atteindre la perfection. La création artificielle d'un être vivant parfaitement équipé et indestructible a donné naissance a ce cauchemar.

3 commentaires:

fraktal a dit…

Tout cela me rappelle le fameux mythe de la création de la bête de Frankenstein.

Frankenstein alors étudiant en école de médecine cherche à créer la vie à partir de ce qui a vécu (des cadavres).

La bête ainsi créée échappe au contrôle du créateur.

Une idée intéressante du livre par rapport à la création de vie artificielle est la nomination de la bête. En effet, insuffler la vie c'est aussi donner un nom à la bête.

La bête de Frankenstein n'ayant pas reçu de nom après la mort de son maître sera torturé sur la question de son identité : ne pas avoir de nom c'est ne pas avoir de père. L'âme de la bête reste alors perdue et en éternelle souffrance.

billitch a dit…

Personnellement je suis parfaitement satisfait de ma non perfection. Le propre de l'esprit humain (et des réseaux de neurones) est de s'adapter même à des événements qui ne sont encore jamais apparus. C'est merveilleux, malheureusement génétiquement les choses ne sont pas aussi rapides. Pourtant l'espèce s'adapte : nos imperfections sont autant d'adaptations a des conditions qui pourraient apparaître ou qui ont existé. Par contre tant que ces conditions n'apparaissent pas on ne comprend pas pourquoi l'espèce (ou notre réseau de neurones embarqué) réagit comme ça. Je pense que l'imperfection est le prix à payer pour notre solidité face à des phénomènes encore inconnus / inexistants.

Enfin mon meilleur argument restera un bon vieux benchmark : comparons la production de merveilles, d'émerveillements, de découvertes, de créations, d'émotions (bref de vie!); des différents protagonistes selon leur degré de perfection :

Humains : tout
Poupées : zero
Dieux : zero

Bref la perfection c'est loin d'être parfait ;)


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@fraktal

Désolé mais je trouve le mythe de Frankenstein à vomir, n'en déplaise aux fans du mythe et autres suppôts du mohameto-judéo-christianisme-adorateurs-de-dieux-vengeurs-parce-que-c-est-complique-de-decider-soi-meme, je pense que les seuls problèmes sont matériels (par exemple la creature de Frankenstein avait un cerveau pas très frais, mais quiconque sait faire la différence entre une implication et une équivalence tournera en ridicule le pamphlet de Shelley). Je pense que l'idéal sera justement de créer la vie volontairement, dans une soif de vie à une autre échelle que ce qu'un seul humain peut imaginer. On en viendra surement à créer des formes de vie de toute pièce si ça peut nous donner plus de contrôle dessus. De la même manière qu'on grave des processeurs en masse (plus que quiconque --à part Kurzweil-- eut imaginé), mais avec une matière autrement plus noble, et surtout plus économique : l'ADN !

Marcelline Crane a dit…

Marcelline pense que ce n'est peut-être pas l'idée de perfection qui se trame derrière tout cela mais avant tout la quête de l'immortalité.
L'homme immortel peut être conçu comme imparfait mais il a tout le temps de corriger ses erreurs ...